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Auteur(s): Lisa Bose
Rédaction: WSL, Suisse
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Le roi du sous-bois

Il est un des plus petits oiseaux d’Europe et aussi un des plus sonores: le troglodyte mignon se fait surtout remarquer par son chant. Il passe le plus clair de son temps caché au cœur des broussailles, et c’est plutôt en sautillant qu’en volant qu’il se déplace dans le sous-bois. Il a besoin de buissons denses et de bois mort pour construire son nid sphérique.

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Fig. 1 - Ce farfadet est doté d’une voix puissante: le chant du troglodyte s’entend à plus de 500 m de distance. Photo: Robert Lorch
 
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Fig. 2 - Que ce soit en forêt ou à proximité des zones résidentielles, le troglodyte se sent bien dans les habitats un peu "désordonnés". On le trouve surtout dans le sous-bois. Photos: Doris Hölling (WSL)

Le paysage est couvert de neige. La nature est au repos hivernal et le silence règne dans la forêt. Pourtant un chant d’oiseau jaillit soudain du sous-bois. Cette voix puissante est celle du troglodyte mâle, qui défend vigoureusement son territoire dès le mois de février. A un mètre de distance, ses vocalises atteignent 90 décibels, soit l’équivalent d’un marteau-piqueur.

Ce volume impressionnant est toutefois trompeur car le troglodyte (Troglodytes troglodytes) est un des plus petits oiseaux d’Europe et ne dépasse que le roitelet huppé et le roitelet à triple bandeau. Son air effronté et sa taille minuscule font de lui une des espèces d’oiseau préférées et les mieux connues sous nos contrées.

La souris ailée du sous-bois

Il est rare de pouvoir observer le troglodyte, bien qu’il soit une des espèces les plus fréquentes en Suisse, avec 250 000 à 350 000 couples nicheurs. Il vit essentiellement à la surface du sol, et se faufile à la manière d’une souris dans les fourrés, entre les racines d’arbres tombés à terre et dans les tas de branches et de branchages.

Son bec fin et légèrement recourbé lui permet d’attraper les araignées, les faucheurs, les mites, les mouches et autres insectes. C’est au printemps, avant le débourrement complet des arbres et pendant la pariade du troglodyte, que les chances de l’observer sont les meilleures. Il quitte alors pour quelques instants les fourrés pour un perchoir d’où il lance ses vocalises en tournant la tête de gauche à droite.

Lorsque l’on aperçoit un troglodyte, on l’identifie sans équivoque. Avec sa queue dressée à la verticale, son plumage cuivré barré de noir sur le dos, ses sourcils clairs et sa taille minuscules, il est reconnaissable entre tous. Ses courtes ailes rondes sont peu propices au vol, ce qui explique qu’il ne vole que sur de faibles distances – en dehors de la migration – et qu’il évite les zones dégagées. Ses longues pattes sont prolongées par de longs orteils munis de serres puissantes qui lui permettent de grimper à la verticale sur des troncs d’arbre à la manière du grimpereau. Les mâles et les femelles se distinguent par leur comportement: seuls les mâles chantent, alors que seules les femelles couvent les œufs. En présence d’un prédateur au sol, le troglodyte se défend en donnant de la voix. Si un prédateur s’approche par les airs, il fuit vers une cachette sûre.

Le roi des oiseaux

Une fable de l’auteur grec Esope datant d’environ 600 av. J.-C. raconte que les oiseaux décidèrent de couronner roi celui d'entre eux qui volerait le plus haut. Le malin petit troglodyte se cacha dans le plumage de l’aigle. Lorsque ce dernier pensa avoir atteint l’altitude la plus haute, son passager bien reposé s’élança à son tour en s’écriant "le roi, c’est moi!". Courroucés, les autres oiseaux l’enfermèrent dans un trou de souris, dont il parvint cependant à s’échapper. Depuis, le troglodyte se terre dans le sous-bois par crainte d’être retrouvé. Cette fable a été transmise dans de nombreuses langues. Les frères Grimm la découvrirent en 1812 et l’adaptèrent pour l’intégrer dans leur collection de contes. D’autres langues connaissent également des contes mettant en scène le troglodyte.

Le nom français et scientifique du troglodyte, qui vient du grec et signifie "habitant des cavernes", n’est pas tout à fait approprié puisque seul le nid du troglodyte ressemble à une caverne. Dans les pays germanophones, peu d’autres oiseaux ont autant de noms différents, ce qui reflète bien la popularité de ce petit oiseau.

A l’aise (presque) partout

Höhlenbaum
Fig. 3 -  Le troglodyte a une préférence marquée pour les forêts feuillues et mélangées riches en sous-bois et comportant du bois mort en quantité suffisante. Il construit par exemple son nid dans des cavités de troncs ou des tas de branchages. Photo: Doris Hölling (WSL)

D’Amérique du Nord au Japon en passant par l’Europe et la Russie, des côtes de la mer Baltique et de la mer du Nord jusqu’aux Alpes et aux Carpates, on trouve plusieurs sous-espèces du troglodyte de nos contrées. En Europe centrale, il est sédentaire et semi-migrateur. En Scandinavie, dans les pays baltes et en Russie, il migre en automne vers des régions méridionales plus chaudes. De même, les individus vivant dans les forêts alpines descendent à des altitudes inférieures. Grâce à la méthode de capture et recapture, on a pu montrer que malgré sa petite taille, le troglodyte peut couvrir 40 à 50 km par jour. Le record de distance parcourue est détenu par un oiseau bagué sur l’île suédoise de Gotland puis capturé à 2800 kilomètres de là, dans le sud de l’Espagne.

Le troglodyte apprécie les milieux naturels les plus divers. Il préfère les forêts feuillues et mélangées riches en sous-bois, avec du bois mort en quantité suffisante et une forte humidité du sol, car il construit volontiers son nid dans les amoncellement de branches, ou les disques racinaires, sous les tas de branchages ou dans des cavités de troncs et de branches. Si on laisse à la nature un coin de jardin, on peut aussi observer le troglodyte en zone résidentielle.

Alors que le troglodyte vit essentiellement en forêt pendant le printemps et l’été, la majorité des individus changent d’habitat en hiver. Un grand nombre d’entre eux se rapprochent des cours d’eau, où ils peuvent trouver des insectes même pendant la saison froide. Ils apprécient beaucoup les zones marécageuses, et tout particulièrement les roselières. Ils trouvent toutefois aussi de quoi se nourrir dans les zones habitées, par exemple sur les tas de compost. Pour rester au chaud pendant les froides nuits d’hiver, ils dorment en petits groupes pouvant compter jusqu’à dix individus. Ils forment alors un cercle, la tête à l’intérieur et la queue tournée vers l’extérieur. En hiver, ils dorment souvent dans des bâtiments ou tout contre ceux-ci. Par grand froid, les mâles se tolèrent, alors qu’ils défendent d’habitude leur territoire avec beaucoup d’agressivité.

Petit entrepreneur, grandes ambitions

Junge im Nest
Fig. 4 - Jeunes troglodytes dans leur nid de mousse, feuilles mortes et brindilles. Photo: Armin Kübelbeck
 
Bei der Fütterung
Fig. 5  - Cette femelle troglodyte offre une chenille à ses petits. Photo: Armin Kübelbeck

Au printemps, dès que le mâle a délimité son territoire, il commence à construire plusieurs nids grossiers qu’il annonce bruyamment aux femelles. Les nids sont faits de mousse, de feuilles mortes, de brins d’herbe, de brindilles et de racines fines. Le matériau utilisé à l’état humide durcira en séchant, ce qui donne à la construction une certaine solidité. Les nids sphériques de type "dôme" sont placés près du sol dans les broussailles ou les disques racinaires d’arbres tombés à terre, ou dans des racines mises à nu le long des cours d’eau. Le mâle inspecte ses nids plusieurs fois par jour et défend son territoire contre ses concurrents.

Chaque mâle doit proposer au moins deux ou trois nids pour avoir la moindre chance auprès des femelles; il leur en soumet parfois jusqu’à 12. Lorsqu’une femelle s’approche, le chant du mâle est plus saccadé et moins sonore, jusqu’à n’être plus qu’un chuchotement. Le mâle présente le nid à la femelle en voletant tout autour et en y plongeant la tête tout en chantant. Si la femelle est intéressée par le nid, elle accepte l’accouplement.

Après l’accouplement, c’est la femelle qui termine le nid de son choix. Elle en tapisse l’intérieur de plumes, de mousse, de poils et de laine, et y pond 5 à 7 œufs minuscules d’à peine 1 gramme. Dans un premier temps, le mâle ne s’intéresse guère à sa progéniture. Il est bien plus occupé à attirer d’autres femelles sur son territoire et à leur proposer un nid. Le troglodyte tend en effet à pratiquer la polyginie lorsque les quantités de nourriture et la qualité du milieu naturel le permettent.

Les petits éclosent au bout de 13 à 15 jours et peuvent rester jusqu’à 19 jours au nid avant de prendre leur envol. Le mâle reste généralement aux abords du nid et nourrit la femelle, quoique rarement. Lorsqu’ils sont capables de voler, les jeunes sont le plus souvent accompagnés par le mâle. Après l’envol, ils restent parfois jusqu’à 18 jours ensemble pour explorer les environs et passent également la nuit ensemble dans un des nids qui avaient été proposés à la femelle. Une couvée réussie est généralement suivie d’une seconde couvée en juin.

Oser le désordre

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Fig. 6 -  En forêt, des mesures simples suffisent pour favoriser la présence du troglodyte, par exemple en laissant des tas de branchages sur place. Photo: Doris Hölling (WSL)
 

En Suisse comme dans le reste de l’Europe, les populations de troglodyte ne sont actuellement pas en danger. Les hivers rigoureux peuvent certes entraîner des effondrements d’effectifs, mais ceux-ci sont généralement compensés en quelques années. La qualité des milieux naturels du troglodyte diminue toutefois régulièrement; les jardins sont de plus en plus aseptisés, les forêts perdent leur structure après de fortes éclaircies. Quelques mesures simples permettent pourtant de remédier à cette situation. En osant le désordre, nous pouvons transformer nos jardins en paradis naturels. Quelques tas de bois, des branches en guise de clôture, des haies denses d’arbustes indigènes tels que le sorbier des oiseleurs, le prunellier, l'aubépine et le sureau font de véritables miracles.

En forêt également, la devise selon laquelle on récolte davantage avec moins d’efforts profite au troglodyte – et avec lui bien d’autres animaux. Des branchages laissés en tas, des arbres morts ou tombés au sol et des sols forestiers humides lui offrent tout ce dont il a besoin pour se cacher, se nourrir et construire son nid. Une forêt proche de l’état naturel et riche en bois mort héberge une biodiversité très élevée.

 
  • Traduction :Michèle Kaennel Dobbertin, WSL
  • Cette contribution a été mise en ligne en collaboration avec le magazine Ornis.

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